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Voyage en Rhône Nord, octobre 2018

Etat des lieux et derniers millésimes

Ça y est… On n’osait pas y croire, mais c’est arrivé : la passe de dix est atteinte dans cette région vinicole. De 2009 à 2018, du jamais vu dans ma « carrière » de dégustateur amoureux des vins du Rhône… Dix années différentes bien entendu, mais chacune d’entre elles intéressante par ses particularités et le niveau de qualité élevé que l’on y retrouve.

Et pourtant en 2018 le climat nous a fait peur (le spectre de 2003 hante toujours les esprits). Canicule, pluies quasi inexistantes, nuits chaudes en juillet et août. Heureusement les nappes phréatiques s’étaient reconstituées suite aux averses printanières. La vigne n’a donc pas trop manqué d’eau, les arrêts de maturation ont été peu nombreux. La vigne semble avoir bien supporté la chaleur, bien aidée en cela par des vignerons conscients que ces dernières années très chaudes (15-16-17-18) devaient être abordées de façon différente… Le réchauffement climatique semble inéluctable, et devra être pensé et appréhendé… sans cela…

L’autre chose qui nous semble inéluctable, c’est la pression grandissante sur la demande. 

La fusée Syrah arrive en orbite sur la planète « Grands Vins ». Partout où c’est bon, on affiche « sold out ». Avec évidemment toutes les conséquences que vous pouvez imaginer sur la rareté et la hausse des prix. Corollaire inévitable d’une qualité grandissante et maintenant partout reconnue, d’une pénurie des grands Bourgognes devenus inachetables et des grands Bordeaux qui, quoiqu’on en pense, continuent à faire la pluie et le beau temps… même si… 😊
Le Rhône Sud suivra la même courbe ascendante sur les vins les plus demandés. Heureusement, il y a là-bas une combinaison de qualité et de quantité qui vous permettra encore de vous rassasier… à prix raisonnables.

Mais revenons à nos moutons, pour pouvoir vous donner une idée…

Les 2018 étant dans les caves, nous avons pu faire un tour complet des trois derniers millésimes, et sans vouloir faire de comparaison (qui vous le savez n’est pas raison !), voici les premières conclusions que nous en tirons. Nous n’entrerons pas dans les détails puisqu’un domaine n’est pas l’autre et que les vignes se comportent différemment selon leurs situations et latitudes respectives. Tout d’abord nous avons le sentiment diffus (peut-être est-ce une erreur) que le matériel végétal a une faculté d’adaptation peu commune. Comment expliquer autrement que quatre années successives de grandes chaleurs puissent donner de tels résultats sans « abîmer » le raisin ? Bien sûr, les vignerons font un travail d’anticipation remarquable car ils ont compris que cela devenait indispensable, mais il y a autre chose… la nature s’adapterait-elle automatiquement aux conditions ?

On savait déjà que moins il y avait d’acide malique, plus l’acide lactique s’équilibrait. On remarque aussi que les levures indigènes deviennent plus « voraces » et qu’elles finissent les sucres de plus en plus rapidement. Compensation par auto-équilibrage ? L’avenir nous le dira. Le travail à la vigne se modifie aussi. Taille différente, conduite de la vigne, orientation des protections du feuillage, diminution de l’écimage, vendange plus précoce, etc. Chaque vigneron a ses recettes et leur mise en application intervient sur le résultat final. S’il n’est pas exceptionnel d’avoir des années caniculaires, c’est la répétition qui devient inquiétante. On savait le réchauffement inévitable… il a l’air de se mettre en place plus tôt que prévu....


Retour sur notre voyage : le trio 16-17-18 est donc interpellant...

 

2016, on vous a déjà beaucoup parlé de ce millésime impressionnant de régularité quasi partout en France. Maintenant que presque tous les vins sont en bouteilles, nous confirmons qu’il s’agit là d’une année qui fera date. Un peu de patience pourrait être nécessaire dans certains cas, car les vins sont plus puissants qu’imaginés au départ. Pour que l’équilibre somptueux que nous avions goûté avant les mises en bouteille se mette en place, cette puissance devra s’intégrer à la matière et faire corps avec la colonne vertébrale des vins et leur remarquable finesse. Le vieillissement pourrait harmoniser les divers composants du vin et lui faire atteindre une plénitude exceptionnelle.

 

2017 a été une année difficile au niveau du volume. Beaucoup de pertes un peu partout dues à une floraison irrégulière et à la sécheresse de l’été. Bien dommage, car si les blancs sont parfois irréguliers (manque d’équilibre chez certains) malgré quelques très belles réussites, les rouges par contre sont tout simplement affolants… Aucune trace de chaleur, un fruit éclatant, une fraîcheur et une gourmandise superlative sont leurs principales qualités. La simplicité a aussi ses fervents défenseurs, surtout lorsqu’elle rime comme ici avec qualité… Certaines appellations ont par contre été privilégiées avec une complexité supplémentaire. Cap vers les terroirs d’altitude sur Cornas et Crozes-Hermitage, cap au nord vers les Saint-Joseph et la Côte-Rôtie ou certains vins vont une fois encore défrayer la chronique. Année un peu irrégulière donc où vous aurez par contre le choix entre des vins de gourmandise et d’autres plus complexes et d’une structure plus profonde. Frais et éclatants de toute façon.

 

2018 renoue avec des volumes plus importants. Ce que nous avons dégusté (même si les vins étaient encore pour la plupart en fermentation) ne dénote pas avec les deux millésimes précédents. Un fameux tiercé est en préparation… De l’avis de nos amis vignerons, l’année a été belle et généreuse. 

Et si la vigne n’a pas trop souffert de la chaleur, ceux qui y travaillaient ont été fort éprouvés. Vendanges harassantes pour les vendangeurs.  Vingt degrés à 7 heures du matin en septembre, il faut dire que cela n’est pas courant. Chapeau bas à tous ceux-là, car couper et porter sous de telles températures est éprouvant. De nombreuses pauses étaient indispensables et vendanger l’après-midi trop éprouvant pour tenir longtemps. Doser le travail était une gageure…

Les divers composants de la structure sont là, les couleurs sont jolies, les matières sont complètes, pourvues de longueur et fraîcheur. Cela nous a l’air très joli, mais pour en dire plus il faudra attendre quelques semaines que les jus se stabilisent. Le potentiel est en tout cas indéniable et de nombreux éléments précurseurs d’un beau millésime sont déjà là.

Vous connaissez maintenant tous ces vignerons que nous fréquentons depuis longtemps et nous vous confirmons qu’ils font tous partie de l’élite. Nous en sommes fiers et heureux car les joyaux qu’ils produisent feront partie des références indiscutables dans les années à venir. Avoir le plaisir de travailler avec eux, avoir le plaisir de vous les faire découvrir, de vous les faire rencontrer, c’est aussi la récompense d’un long et patient travail que nous effectuons sur le terrain depuis longtemps. Nous espérons continuer à vous faire partager cette passion pour cette région et les vins qu’elle permet de produire.

De nombreuses dégustations de ces divers vins sont prévues et vous permettront de vérifier nos impressions… et d’affirmer les vôtres.


 

Odoo CMS - une grande photo

Florent et David Viale au domaine du Colombier